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Paris sportifs : des alertes et initiatives nécessaires et bienvenues pour réduire les risques

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Actualité des addictions

Paris sportifs : des alertes et initiatives nécessaires et bienvenues pour réduire les risques

Poussés par l’ennui et la quête de sensations, les footballeurs parient énormément sur les matches, une pratique illégale, et fréquentent assidûment les casinos. Inquiète, la LFP va renforcer la prévention dans les clubs.

Joueur compulsif, Rolland Courbis, mort la semaine dernière, a de nombreux héritiers au sein du football français. On s’en est encore aperçu, le 15 janvier, avec l’annonce des sanctions prises par la commission de discipline de la LFP contre 71 joueurs et éducateurs coupables d’avoir parié sur les matches, ce qui est formellement interdit. Mais comme d’habitude, il s’agit principalement de jeunes, naïfs, qui utilisent leur propre compte et se font épingler. Avertis, l’immense majorité des joueurs passent par celui d’un proche, échappant ainsi aux croisements de fichiers.

Tous les clubs sont en effet visités par l’UNFP, le syndicat des joueurs, qui informe sur les risques. Dès lors, seuls les sourds et les moins attentifs sont pris par la patrouille, comme l’ont été, il y a une dizaine d’années, Anthony Le Tallec, Nicolas Pallois, Valère Germain, Cédric Carrasso ou Jérémy Pied avec des sanctions légères. Depuis, alors que le phénomène s’étend pourtant, les « prises » sont moins renommées.

« Avec le temps, on s’est aperçu qu’un phénomène d’addiction assez sévère était en train de se développer », Arnaud Rouger, Directeur Général de la LFP

Le phénomène est pourtant en pleine expansion. Les auditions menées par l’organe disciplinaire de la Ligue offrent en effet un panorama réellement inquiétant d’une pratique très répandue, avec des joueurs accros aux paris et à tous les jeux d’argent. « Avec le temps, on s’est aperçu qu’au-delà de cette dimension de protection des compétitions, un phénomène d’addiction assez sévère était en train de se développer, confie Arnaud Rouger, le directeur général de la LFP. Non seulement il y a des joueurs qui parient, mais c’est très intense. Sur le dernier croisement de fichiers (le 17e depuis 2013), il y a par exemple un joueur qui a parié 450 fois en l’espace de six mois. »

Philippe Lafon, DG de l’UNFP, confirme : « On voit des paris qui sont compulsifs. Par exemple, sur un match, en trente minutes, vous allez avoir plusieurs centaines de paris. Ce sont des petits indicateurs qui nous montrent qu’il y a un problème grave. Devant la commission de discipline, pour les paris sportifs, ils sont de plus en plus nombreux à parler d’addiction, qu’ils verbalisent eux-mêmes. Il y en a qui nous racontent même se faire interdire de jeu auprès des opérateurs de paris. Et un nombre important témoigne de leurs difficultés financières. » Raymond Bovero, vice-président de l’Arpej (Association de recherche et de prévention des excès du jeu), rappelle qu’au total « 1,4 million de personnes en France souffrent de problèmes de jeu addictif ».

Une ligne SOS dédiée aux joueurs

Face à cette dérive, la LFP et l’UNFP ont signé un partenariat avec l’Arpej « visant à renforcer la prévention des addictions aux jeux d’argent et de hasard au sein du football professionnel ». Il est question d’un « dispositif commun avec un objectif clair : protéger les joueurs et préserver l’intégrité des compétitions ». Cette action en passe de démarrer s’appuie sur une arme financière pour contraindre les clubs : leur participation aux actions prévues compte pour l’attribution de la « licence club », indispensable pour percevoir les droits commerciaux versés par la Ligue.

« Aujourd’hui, on est content d’avoir l’Arpej, qui va nous aider, surtout avec une ligne SOS disponible 24 heures sur 24 où les joueurs pourront appeler (des ateliers sont aussi prévus dans les clubs), explique Philippe Lafon. Nous, on avait mis à disposition des joueurs et des joueuses un psy à Bordeaux avec le CHU de la ville, qui les écoute de manière anonyme depuis la saison 2014-2015. Mais aujourd’hui, on voulait encore aller plus loin parce que des parents nous appellent en disant : « Je suis démuni, je ne sais pas quoi faire avec mon fils. Il est addict et a joué 300 fois dans le mois et s’est finalement fait attraper… » »

« En dehors des matches, les joueurs s’ennuient souvent et cherchent une excitation », Philippe Lafon, Directeur Général de l’UNFP

Selon le dirigeant de l’UNFP, le Covid a été un accélérateur pour ce fléau encore largement sous-estimé, car à l’époque, « les joueurs n’avaient rien d’autre à faire que parier ». Le désoeuvrement est en effet un piège. « Il est très difficile à gérer, poursuit Philippe Lafon. En dehors des matches, les joueurs s’ennuient souvent et cherchent une excitation. C’est le pari sportif. Puis, s’il y a un casino à côté, on va voir le casino. Un club nous a raconté que dans son vestiaire tout le monde jouait, que les joueurs allaient le soir au casino, qu’il y avait aussi du poker. En fait, les jeux d’argent étaient devenus l’activité numéro un du vestiaire, devant le foot. »

Nécessaire pour la santé des joueurs, la lutte contre ces addictions sert aussi à sauver la compétition de la manipulation des rencontres, comme l’explique Stéphane Bottineau, directeur juridique de la LFP : « Ce partenariat est l’occasion pour nous de traiter le sujet de l’addiction et d’inciter fortement les clubs à agir, puisqu’ils sont eux-mêmes concernés par le problème au travers de leurs salariés et de la licence club. D’autant que l’addiction peut aussi conduire à la manipulation des matches. »

Source : https://www.lequipe.fr/Football/Article/Des-paris-pour-tromper-l-ennui-des-parents-demunis-des-instances-en-alerte-les-joueurs-accros-aux-jeux-d-argent-un-phenomene-en-pleine-expansion/1635665

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