Les usagers de drogues, boucs-émissaires trop commodes !
3 mars 2025 2025-03-03 11:17Les usagers de drogues, boucs-émissaires trop commodes !
Bonne nouvelle : le ministère de l’Intérieur et celui de la Justice travaillent main dans la main sur la question des drogues. Mais c’est pour affirmer : « Les usagers ont du sang sur les mains »… Comment répondre à l’argument selon lequel « s’il n’y avait pas d’usagers, il n’y aurait pas de trafiquants » ?
L’argument le plus décisif est le suivant : les usagers ne prennent aucun plaisir à recourir au marché clandestin. Et ils ne le feraient pas si les drogues n’étaient pas interdites mais légales.
Dans son livre, « Sur la liberté » (1859), John Stuart Mill écrit, à propos des premières mesures de prohibition de l’alcool qu’il voit naître : « Ces interventions sont contestables, non pas parce qu’elles empiètent sur la liberté du producteur ou du vendeur, mais parce qu’elles empiètent sur la liberté de l’acheteur. » (Presse pocket, p. 163). C’est un argument classique des anti-prohibitionnistes mais difficile à utiliser dans les médias…
Cet argument est utilisable lorsqu’il s’agit de cannabis d’autant que de plus en plus de pays légalisent le récréatif et qu’aucun d’entre eux n’est revenu en arrière. Il commence à peine à l’être avec la cocaïne : le président colombien Gustavo Petro a demandé le 4 février 2025 la légalisation de la cocaïne à l’échelle mondiale. Par ailleurs, l’OFSP suisse examine un projet de distribution de cocaïne déposé par un canton et la maire d’Amsterdam, Femke Halsema, plaide pour des programmes de prescription de cocaïne. Mais ce ne sont que quelques voix discordantes…
Malgré des prises de plusieurs tonnes par les services répressifs de différents Etats, le prix de la coke ne bouge pas et que le niveau de pureté reste constant (et élevé), ce qui prouve que ces prises échouent à lutter efficacement contre le trafic.
Les usagers ne sont pas seulement le problème mais une partie de la solution. Ca a été particulièrement vrai quand l’épidémie à VIH se répandait parmi les injecteurs et leurs partenaires sexuels, le plus souvent des femmes qui pouvaient elles-mêmes contaminer d’autres partenaires. Les associations d’auto-support ont fait de la « prévention par les pairs » pour convaincre les usagers de cesser de partager une seringue. D’où les programmes d’échange de seringues…
Enfin, une « société sans drogues », ça n’existe pas comme disait la regrettée Nicole Maestracci et il faut « apprendre à vivre avec les drogues ». Mais comment répondre à ceux qui évoquent « les dealeurs et les usagers au bas des immeubles » ? Pas facile ! Il y a clairement trouble à l’ordre public et personne n’a envie d’avoir une telle situation en bas de chez soi. Ce sont d’ailleurs les milieux les plus pauvres et/ou populaires qui subissent cette situation. Et ces « fours » ou « scènes ouvertes » miniatures se sont multipliés ces derniers temps (plusieurs milliers en France). Sauf à redire « légalisation » comme un mantra, la réponse est complexe car les usagers sont bien impliqués en tant qu’usagers (et non que délinquants par exemple) dans ces troubles.
Le sociologue Marwan Mohammed explique qu’il existe deux grands types (idéaux-types) de « fours » : ceux dans lesquels les dealers, choufs… font des efforts pour ne pas trop déranger. Devant l’ascenseur en panne, ils montent le cabas de la grand-mère au troisième étage. Et ceux, au contraire, qui sont bruyants, menaçants, font peur, jettent leurs mégots par terre et urinent dans les parties communes. Les forces de l’ordre devraient prioritairement s’occuper de ces derniers.
« Du sang sur les mains » du Dr Bertrand Lebeau-Leibovici et du Dr William Lowenstein